Formes urbaines et paysage, essai de typologie

Dernière mise à jour : 1er février 2023

Le bourg de Peyrehorade s’étire en bord des Gaves réunis, dominé par le coteau boisé d’Aspremont

La maison landaise, à pans de bois, avec sa façade pignon, son grand auvent orienté à l’est et le modèle de l’airial ont occulté la richesse et la diversité de l’architecture dans le département des Landes et la variété des paysages bâtis que l’on peut habiter ou découvrir.
Ces paysages se sont constitués au cours des siècles, avec des périodes fastes ou au contraire des périodes qui ont laissé peu de vestiges. Quelquefois, des traces ténues ont conditionné de manière durable des formes urbaines que nous connaissons ou des axes de circulation encore empruntés. Si certaines architectures ont les faveurs du public, comme l’airial dans sa clairière, les quartiers balnéaires, les bastides, les centres anciens, il existe des ensembles urbains qui sont moins faciles à repérer dans un tissu bâti souvent recomposé et reconstruit sur lui-même.

Pour mieux appréhender la diversité de ces paysages, la proposition de ce chapitre est de les aborder sous un angle « plutôt » géographique, à savoir par leur site d’implantation qui a conditionné, associé à d’autres facteurs, leur forme urbaine.
Ainsi, les paysages bâtis sont présentés par typologies ou « familles » en fonction de leur site d’implantation, à savoir les implantations en bord de rivière, dans la forêt, sur les reliefs ou bien encore, en bordure d’un axe de communication. Cette dernière famille relève davantage de la géographie humaine que de la géographie physique. Cette présentation par famille permet de repérer les paramètres principaux qui ont contribué à façonner ces paysages urbains, leur conférant des caractéristiques propres qui tiennent en grande partie à la manière dont le bâti s’est adapté au terrain.

Depuis les hauteurs du quartier du Mas, vue panoramique sur la ville étagée jusqu’aux rives. Aire-sur-l’Adour

La confluence du Midou et de la Douze en cœur de ville. Mont-de-Marsan

Depuis le versant sud du vallon encaissé de la Douze, le bourg offre une silhouette dense et harmonieuse. Roquefort
 

 
Cette approche par typologie ne saurait être exhaustive, l’objectif est de rendre compte de la diversité et de proposer un regard de paysagiste.
Ce panorama ne s’intéresse pas qu’aux ensembles bâtis patrimoniaux, cœurs de ville ou villages pittoresques mais aborde également des paysages moins qualitatifs, qui se développent en périphérie ou le long des axes, souvent banalisés par des extensions qui n’ont pas été contextualisées, dont les modèles sont exogènes tant en termes d’architecture que de matériaux.

  Les villes et villages en rive

Le village de Saubusse, étagé au-dessus des quais de l’Adour

Plusieurs villes et villages sont implantés en bord de rivière. Les situations sont variables, cela dépend en partie du cours d’eau, de son altimétrie, de son débit et de sa navigabilité passée. On note par exemple une grande différence entre la manière dont le Midou, la Douze et la Midouze irriguent Mont-de-Marsan, et celle dont l’Adour traverse Dax. A Mont-de-Marsan, l’encaissement des rivières ajouté à la variation des régimes saisonniers, favorise un cordon végétal luxuriant, qui correspond à la ripisylve épaissie par des bandes de jardins inondables. Les rivières ne se perçoivent qu’au moment de leur franchissement sur les ponts qui semblent haut perchés. Après la confluence du Midou et de la Douze, le paysage change, le lit de la rivière s’élargit, encadré par des quais, surmontés par des fronts bâtis continus. A Dax, l’Adour a conservé un espace de divagation assez large, le bâti se tient à distance.

Front bâti en rive gauche du Midou : la rivière encaissée se révèle par ses berges arborées. Mont-de-Marsan

Front bâti en rive gauche de la Douze : les maisons disparaissent derrière la végétation luxuriante, en plein centre-ville. Mont-de-Marsan

Après la confluence et la naissance de la Midouze, la ville se dote de quais et de rampes. Mont-de-Marsan
 

 

La ville s’est établie à côté de l’eau, tout en laissant au fleuve un espace de divagation. Dax
Selon le niveau de l’Adour, le paysage change d’échelle. Dax

La ville traversée

D’une manière générale, les cours d’eau du plateau forestier sont encaissés et peu visibles. La Douze traverse Roquefort presque « incognito », il faut franchir à pied le pont vieux pour prendre le temps de voir la rivière couler à 8 ou 10 m en contrebas. L’Estampon qui longe le bourg ancien en bordure ouest s’appréhende plus facilement grâce au jardin public en terrasse. A Sore, la Petite Leyre sépare le centre ancien de l’école et des quartiers sud, marquant une césure verte d’au moins 100m de large. Ces rivières sont à la fois une coupure mais aussi, par leurs berges boisées, un trait d’union vers la forêt. Par cela même, elles introduisent un fort sentiment de nature au cœur des bourgs. De petits ruisseaux moins encaissés jouent ce rôle de vecteur de nature dans certains villages qui ont aménagé des espaces libres ou sportifs avec des promenades piétonnes comme à Lubbon, à Bougue, à Sabres, à Mézos…

Le franchissement de la Douze, très encaissée, par le pont vieux. Roquefort

Le ruisseau de Perrucq circule le long de la mairie et serpente dans les espaces publics. Lubbon

La passerelle franchit la vallée ensablée de la Leyre, entre le village ancien et l’école, les équipements sportifs et les quartiers d’extension. Sore
 

 

Des fronts bâtis affirmés

En rive de l’Adour et des Gaves, la relation à la rivière est différente, plus imbriquée dans le bâti. Que ce soient des quais, des rampes de mise à l’eau ou des soutènements monumentaux pour se mettre à l’abri des hautes eaux, ces éléments maçonnés prolongent la forme urbaine jusqu’au bord de l’eau. L’impression donnée est que les bourgs et les villes se sont implantées en rive et non plus comme dans le plateau où elles semblaient traversées. La relation bâti/rivière devient plus frontale et se traduit par des façades urbaines en rive, qu’elles soient précédées par une rue ou seulement par des jardins. Quelquefois, l’espace public prend le relais, comme à Aire-sur-l’Adour, le grand mail de platanes ou à Dax, avec le jardin public et à l’aval, l’allée des Baignots, ou encore à Peyrehorade, avec les alignements de platanes de l’allée des évadés en bord de Gave.

Front bâti et quais en bord d’Adour. Aire-sur-l’Adour

Grand mail de platanes en bord de rivière, reliant la ville aux arènes. Aire-sur-l’Adour

Le canal dit du Moulin traverse le bourg, introduisant une autre échelle de paysage et une relation de proximité à l’eau. Aire-sur-l’Adour
 

 

Le bourg s’est établi en rive de l’Adour, les maisons sont implantées sur une première terrasse. Grenade-sur-l’Adour

A l’extrémité de la bastide, les maisons laissent la place aux jardins ; le mur de protection s’abaisse et s’éloigne de la berge. Grenade-sur-l’Adour
 

 
Selon la largeur du cours d’eau, la présence d’un pont et la dynamique économique, la ville a enjambé la rivière et développé des quartiers de part et d’autre, comme à Tartas, à Castets, à Dax, à Aire-sur-l’Adour ou bien elle s’est maintenue sur une seule rive comme à Saubusse, à Pontonx-sur-l’Adour, ou à Port-de-Lanne où l’ampleur de l’Adour restait un obstacle.

Après une pente douce régulière, la rue bascule subitement vers la rivière. Port-de-Lanne

Petit port et grande rivière. Port-de-Lanne

Les bâtisses les plus proches de la berge sont juchées sur d’importants murs de soutènement pour se tenir à l’abri des inondations. Port-de-Lanne
 

 

  La forêt habitée

L’église et la mairie de Liposthey, au cœur d’un espace public arboré

De l’airial au village-airial

L’airial est un modèle d’habitat caractéristique des landes forestières qui est presque devenue une image d’Epinal pour évoquer l’architecture dans les Landes. C’est une forme de groupement, implanté dans une clairière, composé d’un bâtiment principal qui héberge l’habitation et complété par des dépendances, bâtiments annexes à usage agricole. C’est une clairière dans les pins mais plantée de chênes. L’airial a fait l’objet d’études approfondies, c’est un sujet bien documenté ( Pour en savoir plus voir : L’airial landais). Si le mot airial correspond à cet habitat traditionnel, par analogie, il permet de décrire certains types de villages, dont la forme urbaine est peu dense. Ce n’est pas l’architecture qui rapproche ces villages de l’airial, mais l’organisation du bâti qui semble aléatoire, distribuée autour d’espaces publics amples, traités simplement avec de larges plages herbeuses et souvent ombragés par de grands arbres feuillus. La forme n’est pas donnée par le bâti (les pleins) mais par le non bâti (les vides), et les limites entre public et privé sont estompées. Cette partition procure une impression de fluidité et donne un sentiment d’accueil. Ce sont des villages de tailles modestes, souvent constitués de plusieurs quartiers éparpillés.

La nature rustique des espaces publics qui entourent l’église et leur grande superficie, ajoutées à une implantation du bâti qui semble aléatoire, donnent l’impression d’un « grand airial ». Bias

Le village dans sa clairière qui parait posé dans l’herbe et, plus loin dans une autre clairière, un nouveau quartier. Saugnacq-et-Muret
 

 

Du village au lotissement

Si le village airial est l’expression spontanée de la culture landaise, pour laquelle l’espace est un bien commun à mettre en partage, l’airial comme modèle a inspiré des collectivités et des maitres d’œuvre, pour bâtir des quartiers résidentiels à distance des cœurs de village. Plusieurs expériences ont vu le jour qui s’appuient sur les caractéristiques du modèle traditionnel : situation sous un couvert de chênes, implantation aléatoire des parcelles et des constructions, clôtures transparentes avec emploi du grillage à mouton, équipement en commun, voie non revêtue et architecture d’inspiration landaise, avec une présence du bois en ossature ou en bardage.

Pas de tracé au cordeau, pas de symétrie, les maisons semblent implantées sans ordre dans la clairière. Uza

Ces quartiers sont peu visibles, situés dans la forêt et desservis par des voies secondaires. Ils ne ressemblent pas complètement à un airial dans la mesure où ces constructions répondent toute au même programme d’habitation, avec des volumes comparables. On ne retrouve ni les jeux d’échelle, ni la variété de façades qui existaient entre l’habitation et les dépendances. Il existe également des quartiers d’extension « spontanés » qui n’ont pas suivi le modèle de l’airial mais en reprennent certaines caractéristiques : l’absence de clôture, l’impression de maisons « posées » dans l’herbe, des alentours simples et sobres.



Les nouvelles formes de la forêt habitée

Construire dans la forêt pour habiter sous les pins semble d’abord avoir été le fait de résidents vacanciers ; c’était le cas, autour du lac d’Hossegor, dès le début du XXe siècle, où les villas ont colonisé les dunes forestières. Les constructions n’occupent pas une clairière dans la forêt, elles sont édifiées sous les arbres. Des quartiers de maisons virent ainsi le jour dans un environnement boisé, des équipements touristiques également comme des villages de chalets et des campings. La grande nappe du boisement qui se prolonge à l’horizon, le rapport d’échelle entre les constructions et les arbres, la trame verticale des troncs, tous ces éléments concourent à fabriquer un paysage habité qualitatif où l’architecture devient secondaire. Ces quartiers sous les pins ont évolué en fonction des modes et des architectures, ils se rencontrent principalement sur la frange littorale et constituent des lieux de villégiature. Aujourd’hui, la prise en compte des risques (tempêtes, incendie) et la densification des constructions tendent à modifier l’équilibre. Les arbres sont coupés pour laisser construire les maisons au bord de la forêt. D’un point de vue du paysage, ces quartiers sont peu visibles sauf en abord immédiat mais ils permettent de se tenir au plus près de la forêt.

Les premières villas se glissaient sous les pins. Seignosse

Nouveau quartier, les arbres sont en général coupés avant la construction des maisons. Seignosse
 

 

  Les villages perchés

Le bourg de Samadet dominant la vallée du Gabas

Les villages perchés se rencontrent en dehors de la forêt landaise, en particulier en rive gauche de l’Adour. Souvent l’implantation sur le haut d’un relief a été motivée par une situation naturellement défensive, qui plaçait le village en position dominante vis à vis d’un territoire étendu. Ces critères sont depuis longtemps oubliés, mais il en résulte des villages et des bourgs qui jouissent d’un panorama étendu. Selon le site d’implantation et la topographie alentour, l’impression de « village perché » se perçoit de manière plus ou moins spectaculaire.

Le bourg qui occupe le haut d’un versant dominant l’Adour, s’est développé en fonction de la topographie, privilégiant les terrains les moins abrupts. Saint-Sever

Les bourgs et villages sur crête

La première ligne de coteau au sud de la vallée du Gabas puis de l’Adour accueille parmi les plus emblématiques des bourgs et villages perchés, Montaut qui domine le Gabas, puis Mugron qui domine l’Adour. Ils sont implantés sur une crête étirée, desservis par une route ancienne, déjà visible sur la carte de Cassini, à la fin du XVIIIe siècle et qui se prolonge vers l’ouest, passant par Laurède, Poyanne et St-Geours-d’Auribat. L’implantation en crête impose des contraintes fortes : les terrains les moins pentus ont été optimisés, ce qui a conduit, en général, à une forte densité bâtie, des maisons à étage, et une forme urbaine économe en foncier. Ces paramètres concourent à donner un caractère « urbain » à ces bourgs et villages, avec une ambiance très différente des villages de la forêt, aux formes urbaines lâches. Montaut domine le Gabas de plus de 90m, il en est séparé par un versant pentu aujourd’hui boisé qui a « tenu » la forme urbaine tandis que le versant nord de Mugron, moins abrupt a permis au bourg d’étendre des quartiers résidentiels. Malgré l’important dénivelé, les effets de silhouette en venant du nord, ne sont pas spectaculaires mais, par contre, chacun offre un magnifique belvédère sur la vallée. Ainsi, la situation en crête offre de beaux panoramas mais elle favorise les extensions qui s’étirent le plus souvent le long des routes.

La forme urbaine régulière se développe sur la ligne de crête. Les extensions prolongent le village selon la même logique de crête. Montaut

Le centre ancien se distingue par sa forme régulière, implantée sur la ligne de crête tandis que les extensions gagnent les versants en contrebas. Mugron
 

 
D’autres villages sont implantés en crête comme Pimbo, ancienne bastide qui se présente comme un village rue et occupe une crête étroite en tête du coteau nord de la vallée du Gabas. Pimbo occupe une situation panoramique exceptionnelle.
Il y a aussi des villages établis sur des crêtes plus modestes qui ne dominent pas de manière aussi spectaculaire les environs. Par contre, dans la fabrication du paysage bâti, cette implantation sur crête a conditionné de manière durable la forme urbaine comme à Donzacq qui occupait une crête est/ouest et s’est étendu, à l’équerre, vers le nord en conservant cette faible épaisseur de bâti. Brassempouy, non loin, en est un autre exemple.
Quelquefois, la crête s’élargit ponctuellement et permet de développer un plan de composition élargi. C’est le cas de Montfort-en-Chalosse où la bastide s’est déployée sur un plan presque carré, distribué par cinq rues est/ouest. Dès le centre-ville franchi, la crête se resserre et les extensions s’en tiennent au bord de route.

Les bourgs et villages sur le rebord

Ce sont des bourgs ou des villages construits soit sur le rebord du relief, à la limite de la rupture de pente, soit sur une proue isolée partiellement des reliefs voisins. Aujourd’hui, la végétation a souvent colonisé les vallons en contrebas ou les pentes si bien que le site d’implantation en est devenu peu lisible. Pour autant les formes urbaines déduites de ces situations topographiques restent perceptibles et il est intéressant d’essayer de comprendre comment la ville ou le village se sont établis. C’est le cas par exemple de Samadet avec sa forme urbaine rectangulaire, contrainte par le socle qui offre un paysage bâti dense et bien ordonné, en contraste avec les quartiers plus récents. Hastingues occupe un site comparable, une proue étroite qui domine les gaves réunis. Comme à Samadet, les extensions prennent place sur les terrains topographiquement moins contraints, à l’écart du cœur ancien, là où le relief en proue se rattache au versant principal.

Le village ancien de Samadet tire sa forme du relief sur lequel il est implanté tandis que les extensions gagnent les versants.

Le village implanté en tête du versant est de la vallée du Bahus est contraint par un vallon latéral qui limite la forme urbaine et la réduit à une proue étroite. Montgaillard
 

 
Villeneuve-de-Marsan est un autre type d’exemple, celui des villes implantées sur la rupture de pente. Aujourd’hui, la ville développe ses extensions à l’ouest tandis qu’à l’est, à proximité de l’église St-Hippolyte, dont l’origine est estimée au XIIe siècle et du quartier des Cassouets, les maisons reposent sur le rebord de terrasse, dominant un cirque naturel que l’on peut découvrir par surprise. La commune a aménagé une promenade qui permet de franchir la dénivellation importante mais la végétation du versant ne permet pas d’appréhender le front bâti depuis le bas. Or la ville présente là une limite nette et franche dont rend bien compte la photographie aérienne.

L’église est implantée sur la rupture de pente, le chevet domine le vallon du ruisseau de Lusson de plus de 20 m de haut. Villeneuve-de-Marsan

Derrière l’église, un promontoire devrait permettre de découvrir le paysage en contrebas de la rupture de pente mais la végétation bouche les vues. Villeneuve-de-Marsan
 

 

  La ville du bord de route

Extension bâtie linéaire aux abords de Peyrehorade
On distingue bien l’ancien faubourg construit le long de la route de Mont-de-Marsan et les extensions plus récentes qui se sont faites en épaisseur de part et d’autre du faubourg. Gabarret

Les paysages bâtis en bord de route existent dans les formes urbaines traditionnelles. Ils correspondent à un urbanisme dense, souvent constitué de bâtiments mitoyens, qui prolonge le bourg ou la ville « hors les murs ». Autour des remparts de Dax, sur le cadastre napoléonien de 1826, se tiennent les faubourgs Bibi, St-Vincent et St-Pierre qui aujourd’hui font partie du centre-ville. C’est ainsi que les faubourgs anciens, au fil des ans, sont englobés dans le tissu bâti, entraînant la formation de nouveaux faubourgs plus éloignés du centre. Ces quartiers périphériques pouvaient permettre d’établir des activités ou des fonctions qui ne trouvaient pas place dans le centre.
Ce n’est pas une spécificité landaise mais la rectitude de certains axes routiers et l’étendue des communes semble avoir multiplié cette forme de développement.


Les faubourgs traditionnels

Les faubourgs ont évolué au cours du XXe siècle. Il était d’usage de construire en mitoyenneté, ce qui formait en bord de route, une façade continue derrière laquelle se trouvaient des jardins, puis la campagne. Le bâti n’avait pas d’épaisseur, ce n’était pas des ilots mais la continuité bâtie donnait l’impression d’être encore dans le village ou le bourg. Petit à petit, les modes de faire ont changé, les nouvelles constructions se sont mises à distance les unes des autres, implantées dans des terrains plus larges. C’est ainsi qu’en bord de route, en sortie de village, des villas ont été construites. Quelquefois, ce sont de grandes bâtisses précédées par des parcs arborés qui isolent la maison de l’espace public et offrent une façade végétale. Dans d’autres cas, les volumes sont plus modestes et les jardins moins opaques. Se sont installés également les bâtiments artisanaux qui avaient besoin de place comme les garagistes. Ces premiers faubourgs restaient à faible distance du centre du village ou du bourg.

Maisons mitoyennes à l’alignement de la rue, faubourg fin XIXe sur la RD 931, en rive droite. Aire-sur-l’Adour

Villas d’après-guerre, en bordure de la route RD 824 en rive droite. Aire-sur-l’Adour

Le faubourg s’étire, perd en densité et gagne en longueur. Aire-sur-l’Adour
 

 
Compte tenu du processus d’édification progressive, de l’évolution des règles de recul et d’implantation, l’architecture et même les volumes sont hétérogènes. Mais ces faubourgs traditionnels retrouvaient une unité grâce à la présence d’alignements d’arbres qu’une large emprise de route permettait. Les années passant, dans certaines villes, ces arbres ont été jugés encombrants et abattus mais dans les aménagements récents, de nouveau, des arbres sont replantés.

Mêmes jeunes, les alignements d’arbres assurent une cohérence dans l’hétérogénéité du bâti. Mont-de-Marsan

Les arbres, ainsi que le traitement qualitatif des espaces publics contribuent à unifier le paysage bâti en bord de route. Tarnos

Les arbres réduisent visuellement le gabarit de la route et créent une perspective qui estompe l’implantation en biais des bâtiments. Grenade-sur-l’Adour
 

 

Les antennes routières

Dans le département et plus fréquemment dans la forêt où certaines communes sont organisées entre plusieurs quartiers, il existe des pôles bâtis implantés en bordure de la grande route, souvent à la faveur d’un carrefour. Quelquefois, il s’agit d’une auberge avec son aire de stationnement grand format, adaptée aux poids lourds, à laquelle s’ajoutent quelques autres bâtiments. Dans les longues séquences forestières, ces courts intermèdes bâtis et habités scandent le parcours comme par exemple Lapeyrade, quartier de la commune de Losse en bordure de RD 933, ou bien Pillelardit, quartier de Pouydesseaux en bordure de RD934. Ces antennes se rencontrent également en bordure des grands axes, en dehors du massif forestier. Elles suivent l’évolution de la route. Quelquefois, l’augmentation du trafic impose un dispositif de sécurité qui semble alors reléguer les bâtiments à l’arrière et les coupe d’un accès direct à la route.

L’accroche routière sur la RD 817 ne laisse rien présager du charme du village et du port. Port-de-Lanne

L’impression de bord de route domine ce carrefour, pourtant à deux pas de la mairie. Liposthey
 

 

Les nouvelles entrées de villes

A partir du dernier quart du XXe siècle, l’usage de la voiture individuelle se répand et les extensions en bord de route s’étirent de plus en plus. Surgit la problématique des « entrées de ville » qui ne sont pas à proprement parler des entrées mais de longues séquences bâties discontinues, sans densité, souvent occupées par des enseignes commerciales et des activités artisanales. Ce sont des paysages bâtis sans qualités urbaines ni architecturales, sans végétation et d’une grande banalité, bien loin des traditionnels faubourgs qui annonçaient l’arrivée dans la ville.

Les activités artisanales s’implantent en bord de route, accordant peu de soins au nouveau paysage bâti qu’elles génèrent. Dax.

Chaque nouvelle route entraîne dans son sillage de nouvelles constructions qui viennent interrompre le paysage forestier ou agricole. Mées.
 

 

L’étirement des quartiers résidentiels

Dans les communes plus rurales moins soumises aux extensions commerciales, les bords de routes sont également convoités, ils accueillent des maisons. Ces extensions peuvent être en continuité du village et allonger la forme urbaine ou bien s’installent à distance. Elles s’inscrivent le plus souvent en rupture avec le paysage bâti traditionnel, principalement par leur implantation mais également par leurs architectures souvent très individualisées à la parcelle. Ces extensions intègrent rarement la problématique des liaisons douces pour se relier confortablement aux équipements et aux services.
Si dans les faubourgs traditionnels, les bâtiments étaient construits pour être vus et même regardés, l’architecture était soignée, désormais l’objectif s’est inversé. Les maisons sont peu visibles, protégés derrière des murs, des haies et des portails. Quant aux bâtiments à usage commercial ou artisanal, l’intention de visibilité se concentre sur l’enseigne et les stationnements.

Les maisons s’implantent en bord de route, à la manière d’un chapelet, offrant un fort contraste avec les fronts bâtis de l’autre rive. Peyrehorade

Les villas s’implantent en bord de route et grignotent la lisière. La coupure forestière traditionnelle entre le littoral et les bourgs est entachée. Ondres

Il ne semble plus y avoir de limite à l’étirement sur la route de crête. Si les riverains profitent de la vue, la route perd sa vision panoramique sur les lointains. Labastide-Chalosse.
 

 

Quand la route s’élargit

La route semble gagner sur la rue et donne le sentiment d’une césure urbaine. Ondres.

Dans certaines communes, la dynamique est inversée. Ce n’est pas la ville qui s’étire le long de la route mais la route qui s’élargit ou plus justement qui gagne en intensité de circulation. De rue, elle redevient route avec ses attributs de sécurité, peinture et barrière de protection. Elle segmente fortement le tissu bâti. C’est particulièrement sensible dans le sud du département, dans la traversée de Tarnos, Ondres, Labenne.







  La place et le rôle des espaces publics

Les espaces publics sont une pièce maîtresse des paysages bâtis du département. La présence même de ces lieux publics au sein des villes et des villages n’est pas une spécificité landaise mais ils occupent une place particulière et jouent un rôle important.
Le département est vaste, les espaces publics sont à son image, souvent amples. Ils ne semblent pas proportionnés au nombre de bâtisses qui les entourent, peut-être ces grandes dimensions sont-elles le fruit d’usages ou de contraintes antérieurs. Ils sont grands mais ils sont aussi nombreux. Par espace public, on entend communément les places, les placettes, les mails, les champs de foire mais également les rues, les ruelles et les sentes.

Une ambiance arborée au cœur du bourg. Tercis-les-Bains

Rechercher l’équilibre entre facilité d’accès aux commerces et agrément de la place pour les piétons. Geaune
 

 

Places et placettes

Une diversité de configuration

En premier lieu, on découvre une variété d’ambiances, d’aspects, de dimensions selon les différentes typologies qui viennent d’être évoquées ou bien selon les règles de composition qui ont présidé à l’émergence des projets urbains.
La place de la bastide obéit à une géométrie stricte tandis que le village-airial se rassemble autour d’une vaste esplanade sans contour. Selon les situations, la place est tenue par les façades qui l’entourent ou bien, au contraire, le bâti est discontinu, implanté sans ordonnancement. En fonction de l’histoire, de la situation urbaine, par exemple la proximité d’un bâtiment public ou d’une entrée de ville, de la topographie, ou de la présence d’une rivière, la géométrie de la place varie et s’adapte si bien que certaines villes possèdent des places très différentes les unes des autres.
Place de l’église, place de la mairie, place du marché, place des arènes sont autant de lieux et de configurations différentes dans un même bourg.

Vaste esplanade enherbée devant l’église. Pissos

La place de la Fontaine réaménagée. Gabarret
 

 

La place de l’arbre

L’arbre est très présent dans ces espaces publics et participe largement à la qualité d’ambiance. Qu’il s’agisse des mails et des tonnelles de platanes palissés, de bouquets de pins épars ou d’alignements de tilleuls, ces structures végétales apportent fraîcheur et ombrage. Elles assurent une cohérence dans des contextes urbains quelquefois disparates. Expression d’une culture forestière ou conscience écologique, dans les Landes, plus souvent qu’ailleurs, le sol est resté perméable au pied des arbres, tantôt en stabilisé, tantôt enherbé. Ces grandes surfaces perméables, faiblement contaminées par le vocabulaire urbain des bordures et caniveaux, participent à la qualité d’ambiance.

La tonnelle de platanes assure la cohérence de la place de la Biguerie. Labouheyre

Un vaste espace public, ponctué de quelques arbres, relie les différents bâtiments publics et marque le cœur du village. Rimbez-et-Baudiets
 

 

Simplicité et fluidité

Une particularité intéressante tient au maintien d’une polyvalence d’usage, sans doute héritée de l’esprit de l’airial. Même quand la place accueille des stationnements, le tracé général reste fluide, on ne ressent pas de compartimentation ou de spécialisation des espaces. Tout comme la nature du sol perméable, cette absence de délimitation, contribue à la qualité d’ambiance et confère un sentiment d’unité.

Cours d‘école, jeux de boules, stationnement, prairie et sentiers s’articulent autour des équipements publics dans un cadre très champêtre. Bougue

Place triangulaire en lisière de bastide, organisation de stationnement sous de grands arbres. Place des Ormeaux, Labastide-d’Armagnac
 

 

Une évolution heureuse

Progressivement, depuis les 15 dernières années on constate que les voitures se retirent progressivement des centres urbains pour restituer l’espace aux terrasses et aux piétons. Ce déplacement des véhicules s’accompagne d’un projet de revalorisation de l’espace, qui peut passer par la réfection des façades, le traitement du sol avec un choix de matériau qualitatif, la mise en place de végétaux et de mobilier. Cette dynamique de reconquête des espaces publics contribue à changer la physionomie des cœurs de ville tout en améliorant le cadre de vie des habitants.

Abords de la fontaine chaude réaménagée au profit des piétons, des cyclistes et des terrasses. Dax

Place Charles de Gaulle : sol en pierre naturelle, plantation de cépée, suppression du stationnement : une place rajeunie. Mont-de-Marsan
 

 

Les lieux communs

Il existe d’autres lieux souvent communaux, offerts à la promenade ou à la contemplation du paysage. Ce ne sont pas des places, ni tout à fait des parcs, ce sont des lieux invitants, souvent largement arborés que l’on rencontre en prolongement du village, le long des cours d’eau ou bien en rive des lacs. Ce sont des allées ou bien des prairies qui permettent de rejoindre le cimetière ou bien la source ou l’ancien four. Ce sont les grands mails, anciens champs de foire, aménagés sur des terrains souvent inondables, en rive de l’Adour, ou du Luy. Ce sont aussi ces épaisseurs autrefois marécageuses, en rive des lacs qui maintenant aménagées permettent de découvrir confortablement ces paysages somptueux.

Prairie et allée de chênes reliant le cimetière au village. Laurède

Bosquet de cyprès-chauve dans le parc public en rive du lac. Soustons

Vaste enclos arboré, ouvert et traversant, autour de l’église. Pontonx-sur-l’Adour
 

 

Les rues

Les rues sont aussi un espace public. Sinueuses ou rectilignes, larges ou étroites, elles rendent compte de la forme urbaine qu’elles desservent. Selon leur gabarit, les matériaux de sols (enrobé, béton, pavés, dalles de pierre), la présence ou non de trottoirs, la présence d’arbres d’alignement ou bien de frontages [1] en pied de façades, elles participent à l’ambiance et à la qualité du cadre de vie. L’architecture qui les borde a également une grande importance. Selon la qualité des façades, la rue s’efface au profit de l’architecture ou bien au contraire, elle peut unifier, par son traitement un ensemble bâti disparate. Comme pour les places, l’encombrement par les voitures, s’il est nécessaire pour la vitalité des commerces est quelquefois dommageable pour la qualité du paysage bâti.

Rue et contre-allée bordées de platanes offrant une perspective monumentale sur l’église. Port-de-Lanne

Caniveau central en pavés et frontages confèrent un certain charme à cette rue de la bastide. Monfort-en-Chalosse

Evolution progressive des rues : rétrécissement de la voie, élargissement des trottoirs et plantations. Mont-de-Marsan
 

 

[1Un frontage est le terrain compris entre la base d’une façade et la chaussée. Il peut être composé de deux frontages. D’abord le frontage privé qui est formé par le terrain privé situé entre la limite de propriété et la façade du bâtiment en retrait tournée vers la rue. Ensuite le frontage public qui est formé par la surface du domaine public de voirie comprise entre le caniveau de la chaussée et la limite du trottoir côté riverains. Les frontages participent fortement au cadre de vie des habitants d’une ville. Source Wikipédia

Voir aussi