Les ateliers de paysage : une lecture partagée des paysages des Landes

Dernière mise à jour : 8 juin 2023

  L’atlas, une démarche de partenariat et de concertation

Le paysage, dans la définition donnée par la Convention européenne du paysage, renvoie à la fois à une réalité géographique et historique, mais aussi à une perception sociale ainsi qu’à des dynamiques d’évolution et de gestion.
La démarche de réalisation de l’atlas s’inscrit ainsi dans une logique de partenariat entre paysagistes, gestionnaires et habitants permettant de faire émerger un portrait partagé. Cela passe bien sûr par les discussions et échanges avec les différentes instances de suivi et de pilotage de l’étude, mais également par l’organisation d’ateliers d’échange réunissant élus, techniciens, associations, gestionnaires, mais aussi toute personne désireuse d’y participer, qu’elle soit simple habitant ou plus impliquée dans les questions de paysage.
Six ateliers ont ainsi permis de recueillir les perceptions des habitants, des élus, des techniciens et des gestionnaires. Ils ont ainsi permis d’engager un temps d’écoute et d’échange autour d’une lecture partagée des paysages des Landes et de leurs enjeux.

Consulter la vidéo "ATELIERS DE L’ATLAS DES PAYSAGES : LES HABITANTS ONT LA PAROLE" réalisée par le Département des Landes en juillet 2022 lors de l’Atelier qui s’est déroulé à Geaune.

  Qui ?

Ces ateliers sont ouverts à toute personne souhaitant y participer. Ils ont ainsi réuni des élus, des habitants, des techniciens, des gestionnaires, des professionnels du paysage.
Au total, 33 participants ont consacré 1 à 6 demi-journées à arpenter le terrain et à échanger sur le paysage local. Le Département des Landes remercie tous les participants.

  Pourquoi ?

Les ateliers ont plusieurs objectifs :
 Recueillir le regard de la population sur son propre paysage pour enrichir l’atlas lui-même.
 Échanger entre auteurs de l’atlas et futurs utilisateurs : services de l’Etat, des collectivités, élus, associations, habitants.
 Permettre à tous de s’approprier les enjeux de paysage locaux.
Le chemin est ici aussi important que le but : in fine, l’atlas n’est pas un document réglementaire, mais un document qui alerte et propose. Sa fécondité dans les années qui viennent, dépendra autant du nombre de personnes qui s’en seront emparés localement, que de la pertinence du document lui-même.

  Comment ?

Localisation des ateliers d’échanges sur le paysage

Le fait d’échanger sur site, par petits groupes conviviaux, permet à chacun de s’exprimer et de se réapproprier la démarche de l’atlas. L’analyse paysagère est une découverte pour la plupart, mais chacun s’aperçoit qu’elle lui est somme toute assez familière.
Qu’il s’agisse de choisir un site de balade, de prendre une belle photo, ou de décider d’habiter dans tel logement plutôt qu’un autre, chacun a fait l’expérience d’apprécier ou non le paysage d’un lieu, s’est interrogé sur "qui fait quoi" et sur ce qui pourrait s’améliorer.
De ces échanges, se dégagent des points clefs, des façons de formuler les enjeux et les propositions qui enrichissent le contenu de l’atlas.
Chaque atelier dure une demi-journée, le matin ou l’après-midi. Il comprend un parcours libre d’une heure trente à pied ou en voiture par petits groupes, puis une mise en commun en salle d’une demi-heure par groupe, et enfin un débat d’une heure autour des enjeux et des points forts du paysage.

  Déroulement

Lors de chaque atelier, les participants se sont répartis en groupes et sont allés visiter des sites de leur choix avec comme point de départ une question simple : « Vous avez envie de faire apprécier ce paysage à un ami de passage dans ce secteur. Que lui montrez-vous ? »
Sur chaque site visité, s’engageait alors une discussion autour de quelques questions :
 Vous avez découvert ce paysage il y a des années. Voyez-vous des traces d’évolutions ?
 Vous revenez ici dans 10 ans. Y a-t-il des évolutions que vous craignez ? D’autres que vous appréciez ? Qui pourrait faire quoi d’ici là ?
Les mises en commun en salle, d’une durée d’une heure environ, ont toujours été très riches et ont permis à tous de s’exprimer pour souligner la qualité du secteur, de s’interroger sur son évolution ou bien d’émettre des souhaits pour l’avenir.

  Les sites « coups de cœur » visités

Arthez-d’Armagnac

Je tiens à vous montrer les étangs et on va passer près de la rivière. Cela fait partie de notre paysage et nous intéresse. L’eau est présente mais on n’en tire pas assez parti.
Les sites visités lors de l’atelier d’Arthez-d’Armagnac

Tous ont été attirés par le riche patrimoine architectural du Bas-Armagnac Landais : domaine viticole, métairies, fermes armagnacaises en U, bergerie, moulin, four à pain… Les architectures rurales sont sobres et valorisent les matériaux du territoire. Ici pas de gros bourgs, mais des villages éclatés en plusieurs quartiers et des fermes disséminées qui donnent un caractère habité.
Tous ont relevé la variété des paysages qui s’ouvrent et se ferment au gré des ondulations des vallons et des collines et de l’alternance des bois, des cultures et des vignes. Dans ce paysage au relief doux, les points de vue sont peu fréquents et prennent d’autant plus d’importance : ils ont été pour tous les groupes des points de visite incontournables.
Une partie des échanges a tourné autour de la présence des rivières et des étangs qui demeurent des lieux encore trop peu connus, souvent cachés par la végétation qui les jouxte.

Les débats ont porté sur la nécessaire articulation entre le vignoble et la promotion et le développement territorial local. Tous ont relevé les efforts de rénovation du patrimoine mais ont déploré aussi que ces efforts ne soient parfois pas réalisés avec un projet de valorisation derrière.
Plusieurs leviers apparaissaient : la valorisation des nombreux atouts du territoire : le domaine d’Ognoas, le vignoble d’Armagnac, les lacs et les rivières, le riche patrimoine architectural… ; l’utilisation de la construction bois et des savoir-faire locaux comme piste pour la construction des maisons d’aujourd’hui ; l’attrait des chemins et la variété des paysages.

Bélus

A Bélus, ce sont les belvédères qui sont les points remarquables. C’est une belle vue, je suis amoureux des montagnes. Les vues on en a beaucoup, mais on en perd aussi régulièrement parce que ça se construit, ça se boise, ça s’enfriche…
Les sites visités lors de l’atelier de Bélus

Dans ce bourg de crête, tous ont commencé par observer le paysage depuis les nombreux points hauts, depuis les points de vue du bourg ou depuis les routes de crête dominant les versants. Certains sont partis ensuite découvrir les quartiers nouvellement lotis tandis que d’autres ont parcouru le cœur du village. Tous ont été attirés par les différents points de vue qu’offre le village vers les Pyrénées au sud, vers les collines au nord ou vers la Grande Lande à l’ouest.
Dans ce territoire aux dynamiques urbaines fortes, tous ont observé la succession de maisons qui s’étirent le long des routes et brouille les entrées du village.

Les débats ont porté sur la nécessité de préserver des belvédères alors que ceux-ci tendent à disparaitre suite à l’urbanisation, à l’enfrichement ou au reboisement. Dans le bourg, l’aménagement des espaces publics, la réhabilitation du bâti patrimonial ainsi que les possibilités d’extensions ont été débattues. Sur les versants, le boisement des parcelles proches du village a été évoqué. Le devenir des espaces agricoles a également été abordé.
Plusieurs leviers apparaissaient : limiter l’étalement urbain ; stopper l’urbanisation des crêtes, encourager la rénovation du bâti ancien ; veiller au maintien et à la qualité des points de vue ; encourager la gestion agricole pour maintenir des paysages ouverts ; aménager des chemins à l’écart de la route trop passante ; améliorer les entrées qui ressemblent à des routes…

Gastes

C’est dépaysant, je n’imaginais pas ça dans les Landes. Ici, le port est comme une miniature. Si on regarde bien, il y a très peu de constructions qui apparaissent sur la berge. C’est très boisé.
Les sites visités lors de l’atelier de Gastes

Tous ont d’abord été attirés par le lac et le port. Le lac a été apprécié pour son ampleur, sa lumière et son calme qui étonne au milieu de la pinède et pour ses ambiances apaisantes très différentes de celles de l’océan. Pour beaucoup, une impression de dépaysement a été ressentie, les Grands lacs présentant un paysage très singulier et peu connu dans les Landes.
Tous ont découvert et apprécié le petit port enchâssé dans la berge et ses cabanes de bois. Le recul de constructions et l’aménagement des berges faisant la part belle aux arbres, contribuent à l’ambiance naturelle du lac.
Une partie des échanges a tourné autour de l’aménagement des berges et de l’équilibre subtil à maintenir pour conserver le charme des lieux. Ont ainsi été questionnés la palette végétale, les enrochements en berge ou quelques éléments bétonnés en sortie de port. Les plateformes pétrolières sur le lac interpellent par leur aspect industriel, mais ont plutôt été ressenties comme un élément de l’histoire du site à mieux faire connaitre.
Dans le village, tous ont noté les aménagements nouveaux de la place au cœur des équipements publics ainsi que le recul des stationnements qui apaise les lieux.

Les débats ont porté sur la méconnaissance des Grands lacs, le défi du logement des jeunes et des saisonniers, les enjeux de développement du tourisme lacustre et du territoire comme lieu de vie.
Plusieurs leviers apparaissaient : densifier le centre-bourg et limiter l’étalement urbain ; améliorer les liaisons entre le lac et le village ; privilégier des aménagements d’espaces publics simples qui ne dénaturent pas le bourg ni les berges …

Geaune

Ici c’est comme un amphithéâtre, c‘est doux, mais on voit loin. C’est une belle vue. C’est vallonné, il y a la mosaïque des cultures, les rangs des vignes. Normalement on devrait voir les Pyrénées.
Les sites visités lors de l’atelier de Geaune

A Geaune, tous ont pu apprécier la bastide et son plan viaire régulier autour de la place centrale. Certains ont découvert les nombreux jardins de la bastide qui lui donnent son cadre arboré et participent à ses ambiances villageoises en périphérie qui contrastent avec le cadre plus urbain autour de la place. Tous ont apprécié le calme des rues de l’arrière, à l’abri du trafic de la rue principale. L’importance des parcelles agricoles au contact de la bastide a été notée. D’autres ont privilégié la découverte du paysage agricole des collines du Tursan et ont emprunté une des nombreuses routes de crête pour rechercher des vues plus amples depuis une hauteur. Les vues dominantes se sont alors offertes par-dessus les vignes et les champs.

Une partie des échanges a tourné autour des abords de la bastide : comment mieux la mettre en valeur en éloignant les champs de maïs des maisons. L’ancien lotissement a été interrogé au regard de l’économie foncière recherchée de nos jours. Dans les collines, le modèle agricole en place semble avoir des difficultés et questionne sur l’avenir de parcelles aujourd’hui dévolue à l’élevage.
Les débats ont porté sur la réflexion engagée par la commune sur son évolution future, accompagnée par plusieurs études. L’aménagement de la place centrale, aujourd’hui dévolue au stationnement, a été discuté.
Plusieurs leviers apparaissaient : la revitalisation de la bastide, déjà bien engagée ; le développement de chemins entre Geaune et les villages alentour ; la protection des jardins face à l’urbanisation ; la valorisation du vignoble de Tursan dans un projet d’œnotourisme autour des vignes, de la cave et de la bastide …

Messanges

On fait souvent le chemin de tour de l’étang. Le paysage s’ouvre, il y a les vaches marines qui pâturent. On est tout près de l’océan, et pourtant ça n’a rien à voir. Il y a juste ce panneau qui pourrait être plus discret.
Les sites visités lors de l’atelier de Messanges

A Messanges, l’attrait du littoral est une évidence, mais le choix a été fait par les participants de chercher des paysages moins attendus, comme des contre-points à l’attraction de l’océan. Pour autant, le repère de la côte, matérialisé par le sémaphore qui émergeait au-dessus des pins, était dans tous les esprits.
Après une discussion avec les élus, tous ont choisi d’aller à la découverte des espaces arrière-littoraux et de leurs univers singuliers qui contrastent avec la pinède environnante. Tous ont apprécié le chemin ombragé le long du courant, la traversée de la forêt de protection et son sous-bois diversifié, l’ouverture des prés pâturés, la découverte de l’étang. Un territoire secret et intime s’est révélé, loin des paysages plus touristiques de l’océan et de la pinède.

Dans ce territoire touristique où la pression urbaine est importante, les débats ont porté sur les extensions urbaines prévues, sur la difficulté du logement des saisonniers ou des jeunes, sur les risques liés à l’inondation dans cette commune où les altitudes sont très basses.
Plusieurs leviers apparaissaient : limiter l’imperméabilisation des sols liée à l’urbanisation ; économiser le foncier constructible en favorisant des opérations plus denses ; mettre en place une gestion intercommunale du courant ; mieux faire connaitre les paysages arrière-littoraux…

Morcenx

J’ai entendu parler des mails de platanes palissés de la place. Cette ombre c’est appréciable. Quand il n’y a pas le marché, on voit mieux le mail et les façades. C’est un grand espace en centre-ville où on peut faire plein de choses. Avant il y avait des voitures partout sous les arbres, maintenant il y a juste une ligne de stationnement autour.
Les sites visités lors de l’atelier de Morcenx

A Morcenx, une partie des participants a été attirée par le marché qui s’étend sous le mail au centre de la ville. Tous ont apprécié l’ombrage du grand mail de platanes palissés qui offre un cadre accueillant et donne une unité à cette vaste place. D’autres ont choisi de découvrir la grande pinède qui s’étend aux portes du bourg et sa diversité qui apparait derrière une première image d’homogénéité.

Une partie des échanges a tourné autour du choc de la déprise industrielle à l’arrêt de la centrale EDF, de la place du piéton et des mobilités douces, de l’importance de l’arbre et de l’ombre qui participent à la qualité des espaces publics. La qualité des façades Art déco et le maintien des commerces et des services autour de la place ont également été évoqués. Le parvis de la gare et la RD17 qui passe devant ont été remarqués comme des espaces clefs qui demanderaient à être réaménagés.
Les débats ont également porté sur la gestion forestière et sur la place des feuillus au sein de la pinède, le développement des clôtures autour des champs et ses répercussions sur les populations de sangliers qui viennent se nourrir dans les jardins ; la mise en valeur des lagunes et la gestion de leur alimentation en eau par les fossés.
Plusieurs leviers apparaissaient : la restructuration du bourg engagée par la commune ; la requalification du parvis de la gare ; la nécessité de maintenir des espaces tampons entre la ville et la pinède ; le maintien de lisières feuillues dans la pinède ; la mise en valeur des lagunes…